Faire vivre la mémoire de DBN

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Alors que les habitants de la Dame Blanche Nord voient leur quartier se transformer dans le cadre du programme de renouvellement urbain, le projet « Mémoire de quartier » se met en place. Objectif : valoriser à travers différents supports la mémoire, les histoires et les cultures des habitants.

Depuis plusieurs mois, un collectif travaille à la collecte d’images et de témoignages qui formeront la mémoire de ce quartier. Les associations et structures locales, le bailleur Immobilière 3F ainsi que les habitants ont souhaité contribuer à l’expression de la mémoire personnelle et collective.

Raconter et restituer

Les fresques artistiques, les témoignages et la photo sont autant de supports qui ont été utilisés pour raconter l’histoire de Dame Blanche Nord.

« La rénovation de la Dame Blanche Nord bouleverse toute une partie des Gargeois. Après tout, c’est une part de l’histoire de la Ville et des souvenirs des habitants qui s’en vont. Cette histoire nous voulons la conter et la transmettre pour que vive la mémoire de ce quartier. Et nous avons fait le pari audacieux de miser sur l’expression artistique. Grâce à la contribution de tous les acteurs du projet, le résultat est une œuvre collective, concertée et participative, qui offrira un accompagnement inscrivant la transition sur le temps long. », explique Benoit Jimenez, Maire.

Le jeudi 1er juillet, au sein du groupe scolaire Romain Rolland, aura lieu une première journée de restitution du projet en présence du Maire, Benoit Jimenez, et de l’ensemble des participants. À cette occasion, les habitants pourront profiter d’un musée à ciel ouvert pour découvrir les versions miniatures des différentes productions réalisées dans le quartier, avec une exposition éphémère et hors les murs !

En attendant de découvrir l’exposition, plongez-vous dans les récits et parcours de vie d’habitants et anciens habitants de la Dame Blanche Nord. Bonne lecture !


Malika Achiri
Habitante du quartier depuis 1966


J’ai vraiment une nostalgie de ce temps-là, au tout début des années 60 à notre arrivée dans la Ville de Garges-lès-Gonesse.  

C’était l’insouciance, le vivre-ensemble. Il y avait de la mixité dans le quartier, ainsi qu’à chaque étage des immeubles. Il y avait de la solidarité entre habitants, nous nous inquiétions par exemple de ne pas avoir de nouvelles notre voisine du 4ème étage qui vivait seule.  

Je me souviens que ma mère était tombée malade et a dû être hospitalisée. Au-dessus de chez nous, vivait la famille Fontaine, des Antillais. Madame Fontaine venait chaque jour avec sa fille ainée pour nous préparer le repas et doucher les plus petits.  

Il y avait également la famille Atlan, la famille Galvez, la famille Ivars, nous cohabitions tous ensemble. Il y avait des échanges de plats. La paëlla de Madame Galvez me chatouille les papilles encore maintenant quand les souvenirs me reviennent en mémoire. Quant à la mouna (brioche oranaise) de Madame Atlan, jamais je n’oublierai son goût et son parfum. On partageait tout !  

Nous étions une grande famille. Toutes les religions coexistaient en harmonie. Il n’y avait aucune différence entre nous. L’entente, la fraternité, la tolérance étaient les maîtres mots de notre quotidien.  

Parfois, il y avait des petites frictions, des petits malentendus, toujours à cause des enfants. A la fin de la journée tout rentrait dans l’ordre et on se retrouvait autour d’un thé à la menthe pour les adultes et d’une citronnade pour les enfants. Je me souviens de Monsieur Atlan et de sa guitare, nous passions du rire aux larmes selon qu’il nous chantait « Les filles de mon pays » ou « J’ai quitté mon pays » d’Enrico Macias.  

Et voilà que nous les plus jeunes, nous montions au Fort de Stains pour y vivre nos aventures d’enfants. Ainsi s’écoulait la vie… 
 

Faycal Attia 
Habitant du quartier depuis 1968

J’ai grandi à Garges et j’y ai vécu mes plus belles années. Les différences n’existaient pas, nous avions des amis de toutes confessions.   

Matériellement nous avions peu, mais pour nous c’était déjà beaucoup ! À cette époque, la République n’avait pas totalement abandonné les cités, du moins la nôtre.

Nous pouvions partir en colonie et faire des séjours linguistiques pour découvrir d’autres cultures et nous ouvrir au monde. Ces expériences nous ont donné le goût du voyage mais aussi la possibilité de vivre nos rêves.  

Pour ma part, j’aime chanter. Je me souviens que Nadia Chouraki, une grande sœur du quartier, m’avait traîné au conservatoire. Elle m’avait dit « tu as du potentiel, il faut le travailler ! ». Jamais je n’oublierai ce jour et ces paroles. J’ai également pu faire du théâtre avec Khalid Zaouche, Farida Ouchani et bien d’autres.  

Nous rêvions grand en étant petits. Le peu que nous faisions, que ce soit sur scène, au quartier, ou ailleurs, nous a conduits vers d’autres horizons. C’était notre garde-fou car la réalité du quartier était toujours présente et à n’importe quel moment nous pouvions glisser.   

J’ai grandi à Garges, à la Dame Blanche Nord et j’en suis fier. Jamais je n’oublierai d’où je viens car c’est ce qui m’a permis d’être où je suis.   

La démolition d’un lieu avec tant de mémoire peut nous rendre triste car c’est une partie de notre histoire qui s’en va. On en devient nostalgique.  Mais démolir pour reconstruire, c’est encore mieux.  

L’essentiel, c’est d’être Gargeois dans le cœur. C’est notre héritage. Maintenant, c’est à d’autres d’écrire leur histoire.   


Isabelle Brot 
Habitante du quartier depuis 1972

Née en 1972, j’ai passé 25 années de ma vie à Garges-lès-Gonesse. Ma ville, mes écoles, mes amis, ma famille, mes voisins... J’ai tout vécu dans le quartier de la Dame Blanche. 

Issue d’une famille nombreuse française dans un quartier pluriculturel, j’ai passé mes plus belles années dans mon immeuble de la rue Van Gogh.  

Il y régnait solidarité, bienveillance et respect entre les voisins.  

Je me souviens des sorties au Fort de Stains, des fêtes religieuses, des parties de cache-cache, des patins à roulettes, du vélo. Il y avait même une vraie table de ping pong dont tout le monde se servait. On n’a jamais su à qui elle appartenait. Nous l’utilisions tous.  

Nous étions solidaires, nous nous rendions service. Nous nous dépannions du pain, de la farine, des œufs. Nous échangions également des repas.  

Aujourd’hui, tout ceci fait ma richesse culturelle et a construit mon caractère, mes qualités et mes défauts. Je suis fière de toutes ces choses.  

Ma mère vit toujours au même endroit et je m’y rends chaque semaine.  

Je suis désolée de voir les dégradations du quartier et j’espère que la rénovation urbaine aura une conséquence positive sur le cadre de vie des habitants.
 
En revanche, les gens sont toujours souriants et gentils et j’adore ça.  

Garges pour un jour, Garges pour toujours ! 

 

Mohamed El Mazraoui
Habitant du quartier depuis 1970

Ma famille est arrivée dans le quartier au début des années 70. Avant, ils habitaient la rue Charles Garnier devant le LEP de Garges. Ma famille m’a dit qu’il y avait une gendarmerie qui se trouvait au rez-de-chaussée et mes parents habitaient au premier, mais je ne l’ai pas connu. Ensuite, Ils ont emménagé à la rue Van Gogh dès la livraison des immeubles. 

J’ai le souvenir d’une jeunesse dans un petit village, où toutes les communautés vivaient bien ensemble. Tout le monde se connaissait et faisait attention aux autres, aux enfants. Je me souviens que nous pouvions sortir jouer comme nous voulions parce qu’il y avait toujours de la bienveillance et de la solidarité. Cet esprit a bercé ma jeunesse.  Ma génération, c’est le Fort de Stains avec la pente À Pierrot, les cuvettes à vélo, le vaisseau de superman (la bulle). J’ai beaucoup joué dessus. Nous nous affrontions pour déterminer qui sera le premier à monter dessus. Nous avons tout fait au Fort. Nous avons joué à l’armée, on a fait nos premiers barbecues. Il y avait des jeux qui n’existent plus maintenant. Je me souviens d’un jeu en bois, une sorte de parcours d’obstacle, qui me paraissait long de 100m. Nous avions la chance d’avoir le Fort de Stains à côté de nous. Il a vraiment fait partie du quartier, c’est l’endroit où j’ai fait mes premières découvertes. Je me rends compte que c’était un quartier très riche. On avait le Fort d’un côté, Walt Disney où on allait chercher de la menthe, du persil, la ferme d’Arnouville où nos mères nous envoyaient chercher le lait et les œufs frais à moindre coût. C’était notre petite sortie et nous étions contents. Ce quartier était à la fois multiculturel et il présentait plusieurs paysages différents. Il offrait un côté urbain, un côté rural avec la ferme, un côté forestier avec le Fort. J’y ai vécu une belle enfance.

Je me souviens également des commerces de proximité. À la place du Centre social, il y avait une boucherie casher et lorsque nous avions une pièce de cinq francs, nous nous payions des tranches de salami. On découvrait ça à l’époque. Il y avait le tabac, une laverie et la pharmacie de Ghanem. Il était une institution dans le quartier. Au-dessus du parking sur la place Watteau, il y avait un terrain de basket, des tables de ping-pong. Nous jouions également près des châteaux d’eaux. Petits, on disait qu’il y en avait un pour l’eau chaude et l’autre pour l’eau froide.  C’était top, tu t’amusais partout.  

Durant les années collège, j’ai été marqué par le cube Corot. Il y avait le service jeunesse et une association des étudiants de Garges qui était juste à côté. Il y avait des étudiants d’ailleurs qui s’y rendaient également pour étudier et pour participer à des débats. Avec le cube Corot, j’ai fait mes premières sorties à Aquaboulevard, à la pêche. On faisait même des tournois dont un avec Bernard Tapie.  Ces années-là ont été marquées par les émeutes de 1994. Je les ai vécus. C’était aussi la première fois que je voyais la télé venir dans le quartier.   

Dans mes souvenirs, je revois également la réhabilitation avec ses échafaudages. Nous jouions avec et cela nous permettait de rentrer et de sortir sans être vu par les parents.  

Pour moi, la révolution a été le premier Intermarché au centre commercial des Portes de la Ville. Il y avait déjà le fast-food, la boulangerie et le cabinet médical qui battait son plein.  

Dans le quartier, il y avait beaucoup de bacs à sable, certains étaient immenses.  

Pour l’anecdote, le nom Zone 4 vient d’une fois où nous étions dans le 133 en provenance de Dugny. Nous avions constaté que notre arrêt Jean-Baptiste Corot se situait dans la Zone 4.  On s’est alors tout simplement dit : c’est nous la zone 4. C'était dans les années 90. À l’époque, les gens appelaient le quartier Viniprix. Je n’avais jamais entendu parler de la cité des peintres plus jeune. Je ne savais même pas que c’étaient des peintres. C’est en grandissant que j’ai commencé à le comprendre. 
Lorsque j’étais en cours, j’aimais faire mon malin en citant des peintres en me basant sur les rues du quartier.  

Pour revenir sur la vie dans le quartier, les grands et les parents étaient impliqués. Nous nous sommes toujours sentis soutenus, épaulés et encadrés. Nous faisions attention à ne pas faire de bêtises parce qu’il y avait toujours un plus grand qui passait. Je me souviens d’Ali qui nous emmenait au fort pour nous entrainer au karaté et nous faire faire des tractions. C’était un père de famille qui avait sa vie et qui donnait du temps aux enfants, aux jeunes du quartier. Je pense également à mon père, paix à son âme, qui était très présent. Il n’hésitait pas à prendre sa Ford Transit pour nous emmener au foot, au judo. Je suis fier de ce que m’a donné ce quartier. J’ai vraiment eu de la chance d’avoir grandi dans ce quartier. C’est un endroit cosmopolite, familiale, il y avait de tout.  

Je suis le dernier d’une fratrie de huit enfants, dans une famille très solidaire. Ma mère est une véritable guerrière. Dans les années 70, elle avait déjà son permis de conduire, sa voiture. C’était l’une des seules à l’époque. Elle avait également son activité professionnelle. Elle nous emmenait à Rungis pour acheter ses fournitures. Pour moi, c’est un exemple de dynamisme. Que ce soit mon père, ma mère, mes frères et sœurs, tout le monde très actif et entrepreneur. Ma famille n’a pas froid aux yeux et ne s’arrête pas à la première difficulté. Nous en avons subi certaines mais les traversons ensemble et sereinement car nous étions unis et accompagnés de cette philosophie nous poussant à avancer quoi qu’il arrive. J’entends souvent dire « quand on a un plan, on s’y tient » « ceux qui cherche un plan B sont faibles ». Et bien moi, on m’a inculqué tout l’inverse ! Tu as un plan A, s’il ne marche pas essaye le B, le C, quitte à faire tout l’alphabet et recommencer. Mais tu vas jusqu’au bout, jusqu’à atteindre ton objectif et peut-être le dépasser. Tu n’es pas tout seul.  

J’ai toujours vécu cette solidarité, ce soutien, à la fois auprès de la famille, mais aussi dans le quartier, auprès des voisins de la rue, auprès de ceux que j’appelais tonton ou frère, sans qu’il y ait une affiliation de sang. Nous n’avions parfois pas la même origine, ni la même religion, mais nous étions affiliés par le cœur. J’ai grandi avec cela, je l’ai entré dans mon ADN. Ensuite, l’idée est de se dire comment est-ce que je peux être utile à mon tour aux autres quotidiennement.  

Avant d’étudier à l’université, je n’aimais pas les études. Mais arrivée à l’université, j’ai vite compris que c’était pour moi ce truc, c’est pour moi, c’est fait pour moi. Tu pouvais travailler à côté, tu rencontrais des gens de toute Île-de-France, des gens de l’Oise qui prenaient le TER pour venir. C’est un univers que je ne connaissais pas, mais qui m’a mis des paillettes dans les yeux. J’ai tellement aimé que parfois j'emmenais des potes ou des plus jeunes en amphi pour leur faire partager cet univers. L’objectif était d’ouvrir d’autres horizons. J’étais dans mon élément, je pouvais travailler, être indépendant. Je ne voulais pas arrêter mes études tant que je n’avais pas trouvé ce que je voulais faire. J’ai d’ailleurs suivi un double cursus, une maîtrise ne gestion des entreprises et une maîtrise en science de l’éducation.  

Dans une famille de huit, il faut vite devenir autonome. Tu dois être un soutien pour la famille. J’ai demandé une fois de l’argent à mon père pour mon inscription à la fac, et je me suis dit que je ne pouvais pas lui demander cela chaque année.  
Et puis, je voulais ma voiture, m’assumer financièrement, du moins pour mes sorties, mes vêtements. Surtout, je voulais aider notre foyer. Alors j’ai commencé à travailler en tant que pion à Argenteuil, puis à Sarcelles, pour finir à Garges. C’était bien pour moi de ne pas débuter là où j’ai grandi, parce que j’ai appris plein de choses. Les gens ne te connaissent pas, donc tu dois bien apprendre le métier. À Garges, j’ai travaillé au collège Paul Eluard. L’idée était de revenir dans mon collège et de voir l’envers du décor. J’avais mon rôle de pion, mais aussi d’éducateur, de facilitateur en faisant le lien avec les familles. Et ensuite, j’ai travaillé au LEP de Garges avec des plus grands, toujours en tant que pion. Là, je jouais plus un rôle de conseiller, je partageais avec les plus jeunes mon regard sur la vie, sur le monde. Aujourd’hui certains me témoignent de l’effet positif de nos échanges et cela me touche. J’ai été animateur à Villepinte, à Paris, et à Garges. Parallèlement, je me suis dit que je resterai à la fac tant que je n’avais pas trouvé un truc qui me plaisait. Le quartier a toujours continué à me donner des choses. Une année, mon entraineur de foot qui travaillait pour le bailleur savait que j’étais à la recherche d’un job d’été. Il m’a proposé de remplacer les gardiens en congés durant juillet et août. Ma mission était de sortir et de rentrer les conteneurs poubelles, de les nettoyer, ainsi que les locaux d’ordures ménagères.  J’étais super content, j’ai dit merci car il n’y a pas de sous-métier. Je me levais à 3 heures du matin et à 12h j’étais libre. Du coup, je pouvais profiter de la journée avec mes potes. Nous nous retrouvions au Fort, nous allions à la piscine, nous allions à la piscine, nous faisions des sorties. Dès le mois d’août je me suis inscrit au permis de conduire et en septembre, je l’avais en poche. Quand je fais les choses, je les fais à fond. Avec l’argent que je gagnais comme pion, j’ai pu acheter ma première voiture. Et c’est là que je me suis dit qu’à chaque instant le quartier m’a procuré des opportunités. J’y ai grandi, j’y ai fait mes premières classes, j’ai profité de la bienveillance et de la multiculturalité de cet environnement, de la liberté qu’offraient ces espaces. Et c’est là que j’ai commencé à essayer de rendre ce qu’on m’a donné. C’est là que la fibre sociale m’est tombée dessus. On m’a tellement donné que je m’estime chanceux. J’y ai appris la valeur du travail, le goût de l’effort et de ne pas avoir froid aux yeux. Voici tout ce que je souhaite rendre à mon quartier et au-delà.   

Plus tard, j’ai décroché un emploi dans le micro-crédit en entreprise. J’étais agent de développement local dans l’espace urbain. Mon objectif était de donner la possibilité aux personnes qui n’avaient pas accès aux crédits bancaires de créer leur activité. À cette époque cela me correspondait bien. J’étais en cohérence avec mes études. J’ai aidé pas mal de gens à réaliser leurs projets et à se mettre en action. Une fois encore, ce travail se trouvait dans le quartier. J’y suis resté pendent 4 ou 5 ans. Parallèlement à cela, j’ai commencé à aider des gens dans leurs démarches commerçant, comme faire une demande de kbis ou un projet de développement social. Ces personnes, qui me sollicitaient, venaient d’abord du quartier, puis de la ville et ensuite un peu plus loin. On se voyait au fast food, au café, sur un parking pour travailler le projet des gens. Puis j’ai réalisé que la demande, le besoin était réel et important. J’ai fait le constat qu’il y avait beaucoup de dispositifs et qu’ils ne bénéficiaient pas aux gens des quartiers, notamment ce quartier-là. J’ai partagé mon constat avec ceux pour qui je travaillais, cependant ils préféraient se concentrer sur les micro-crédits. À partir de ce moment, j’ai décidé de monter mon association pour accompagner ce public. Les demandes commençaient à affluer, alors j’ai démissionné pour aller dans l’enseignement. J’ai été durant 4 ans enseignant en entreprenariat, mon domaine d’activité. Cette période m’a permis de dégager du temps pour développer mon association. Nous touchions de plus en plus de monde, grâce à la mise en place de mon réseau. Le fait de connaitre une personne qui connait une personne, a permis de créer une vraie synergie pour le développement de l’association.  Très vite, nous avons accompagné les personnes qui ont pu créer leur emploi et parfois créer d’autres emplois. Je me sentais de plus en plus utile.  

Alors quelque fois cela devenait compliqué, notamment pour la localisation de notre bureau. En effet, les demandes émergeaient de toute l’Île-de France. Ce fût à un tel point que nous nous ne savions plus où domicilier notre bureau. C’est là que m’est venu l’idée d’être mobile. Au lieu d’avoir un bureau pour accueillir les personnes, il nous faudrait nous rendre au plus près des gens. Ainsi est né le Bus de l’Initiative. En 2012, avec le soutien de ma famille et de mes amis, j’ai acheté un premier véhicule et j’ai fait mon premier arrêt à la Dame Blanche Nord, devant le « Paris », un jour de marché. On ne savait pas si cela allait marcher ou pas.  Par la suite, nous sommes allés à Goussainville et nous n’écoutions pas ceux qui nous disaient que ça n’allait pas fonctionner. En 2015, nous avons eu notre deuxième bus et une reconnaissance à l’Assemblée nationale qui nous a décerné un grand prix. Nous nous sommes dit qu’avec le président de l’Assemblée nationale, le Ministre, la Ville à nos côtés, nous ne pouvions qu’aller plus loin. La Ville est la première à croire en nous. Que ces oit Nicolas Dereac ou encore Hamid Safi avec le centre social, nous nous sommes toujours sentis soutenus. Le Centre social nous a toujours bien accueilli. Nous y avons fait nos premières permanences. À cette époque, nous n’avions pas de moyens. Nous avions tout investi dans le matériel et le bus. Et pour recevoir les personnes en entretien d’accompagnement, le centre social nous a mis à disposition un espace avec des ordinateurs, une imprimante. C’était formidable. Encore une fois, le quartier a encore et toujours été là. Lorsque nous allions au cyber, il fallait payer cinquante centimes, voire un euros la photocopie. Et là, nous avons encore un outil du quartier qui nous aidait à grandir. Il n’a pas cessé de nous pousser à évoluer. Aujourd’hui, je suis fier de représenter une structure de Garges-lès-Gonesse née à la Dame blanche Nord qui agit sur toute la France. Dans ce type ce parcours, il y a toujours des contre temps. Mais, je n’ai rien voulu lâcher. Comme je l’ai appris, il y a toujours, un plan B. C’est pareil pour tout le monde dans son parcours, il ne faut jamais rien lâcher. On s’arrêtera là où l’on s’arrêtera, mais moi je vise la gagne. Et si je peux dépasser mon objectif, c’est d’autant mieux. Je viserai toujours plus loin. Et puis, lorsque je regarde derrière moi, les difficultés me paraissent dérisoires. Ensuite, nous avons ouvert la Créativ Factory en ayant recensé les besoins des habitants. Nous avons discuté, échangé pour déterminer leurs attentes, leurs besoins et définir les problématiques auxquelles nous pouvions répondre. La Créativ Factory a marché tout de suite car elle répondait à de vraies problématiques.   

Alors, il faut savoir que le siège de l’association est toujours à la Dame Blanche Nord, au 12 rue Van Gogh. Nous avons un bureau là-bas pour y faire de l’administratif. Pour moi, c’est un symbole, comme la première clé, la première voiture. C’est très symbolique pour nous. Pourtant, nous avons ouvert une second Factory à Goussainville, nous avons reçu de nombreux prix, nous nous sommes rendus dans les plus grandes villes de France, mais le lieu du siège restera à la Dame Blanche Nord. Lorsque nous passons sur les chaînes d’information comme BFM TV ou TF1, que le présentateur dit « direction à Garges-lès-Gonesse au quartier de la Dame Blanche Nord. », on se dit qu’on a contribué à pointer le quartier et la ville sur la carte. Bien sûr, nous ne sommes pas les seuls. Il y a plein d’autres acteurs qui ont mis une lumière positive sur la ville. Mais je suis fier d’avoir fait ma part, d’avoir apporté ma pierre à l’édifice. Durant mon parcours, je ne me suis pas versé de salaire pendant longtemps. Aujourd’hui l’association emploie plus de vingt salariés dont plus de la moitié sont Gargeois. Chaque année, nous contribuons à trouver plus de 250 stages de la 3ème au DUT dont, encore une fois, plus de la moitié sont Gargeois. Nous avons aidé plus de 800 entreprises à se créer. Plus de 250 sont des entrepreneurs Gargeois. Nous agissons également dans l’accompagnement et le développement de la vie associative. Actuellement, nous accompagnons une association du quartier à se mettre en place. Nous sommes fiers d’avoir donné un coup de main à Dentis, et les premiers travaux se sont tenus au centre social d’ailleurs. Dentis est encore un exemple d’outil pour le quartier crée avec un outil du quartier. Dentis est une belle réussite qui s’est construite au centre social, dans le quartier. On ne peut pas dire que le quartier ne donne pas. Bien sûr, il y a des choses à améliorer, c’est comme tout. Il y a un beau programme de rénovation urbaine qui se met en place. Nous pouvons en profiter pour mettre en place de nouvelles choses. Dans chaque rue du quartier, il y a 4 ou 5 entrepreneurs qui ont créé leur activité. Les personnes ont des profils variés : jeunes, moins, jeunes, de toutes confessions et de toutes origines.  

Aujourd’hui, je suis le Directeur Général de l’association. Je coordonne, je conçois et j’organise, mais j’aime trop le terrain. Si je n’ai pas ma part, je ne suis pas bien, alors je prends toujours des dossiers d’accompagnement. Je suis également dans les projets et les nouvelles idées car j’ai cette envie d’évoluer à chaque fois. Mais pour cela, j’ai besoin d’être au contact du terrain, du public. Je trouve qu’on a encore de belles choses à faire dans le quartier. Il y a des choses que l’on a fait, que l’on continue à faire et on peut faire plus, surtout avec cette crise sanitaire. Ensemble nous pouvons faire des choses magnifiques. La rénovation urbaine va bouger les lignes en créant de nouvelles opportunités, et va également apporter de nouveaux habitants. Cela pourrait agir comme un bol d’air, un renouveau. Il va falloir que les habitants s’approprient le nouveau quartier, comme nos parents se le sont appropriés à l’époque afin de saisir les nouvelles opportunités. J’y crois et je le défends chaque jour en disant : comment toute cette reconstruction va permettre un développement économique et comment l’axer pour qu’il rejaillisse sur les habitants. Mon rêve est d’aider au développement de nouvelles associations agissant sur la sécurité routière, l’économie solidaire, sur le recyclage, sur l’enseignement…  

Cela étant, la rénovation urbaine reste un pincement au cœur. Je connais chaque hall d’immeuble et ils représentent tous un souvenir ou un ami pour moi. Lorsqu’ils ont fait tomber la barre Corot, cela m’a fait bizarre. C’est une barre que l’on voyait tout le temps. Je repense à toutes ces familles qui ont vécu là-dedans. Lorsqu’on voit ces bâtiments, on se dit qu’ils pourraient tenir encore cinquante ans. Je me suis posé la question de pourquoi démolir, mais après tout il faut avancer et se projeter pour se réapproprier ce futur quartier.   


M. et Mme Lemoine
Habitants du quartier depuis 1965

Nous vivons dans le quartier depuis 1965. Nous étions d’abord locataires à la rue Toulouse Lautrec dans les bâtiments qui ont été démolis, puis nous nous sommes installés dans la copropriété.

Au départ nous sommes arrivés dans un environnement un peu particulier. Mon fils venait de naître. Pour l’anecdote, je me promenais avec lui dans son landau et je ne retrouvais plus mon chemin puisque les rues n’étaient pas terminées. Le quartier a beaucoup évolué depuis, j’ai d’ailleurs vu Victor Hugo se construire.

Je garde de nombreux souvenirs de cette époque. Nous étions jeunes. Mon mari est originaire de la campagne dans la Nièvre. Moi, je suis originaire de Dammartin-en-Goële, en région parisienne. À notre arrivée, nous avons été confrontés à quelque chose que nous ne connaissions pas à l’époque. Ces grands immeubles, c’était tout nouveau pour nous. Quelque part c’était beau parce que nous avions de jolis appartements, salles de bain et chambres. Je n’avais jusqu’ici connu que des logements qui étaient plus que modestes, sans confort.

Nous avions ce qui nous fait tant défaut aujourd’hui et que nous espérons retrouver : des commerces. Il y avait plein de choses autour de nous, on avait même un petit square avec des canards qui barbotaient dans l’eau. C’était à la fois la ville et un peu la campagne. C’était fleuri. Cet environnement étant pour nous quelque chose de tout nouveau.

Je me souviens de la halte de Garges. Ce n’était pas une vraie gare où l’on pouvait acheter des billets. Quand vous voyez le pont de la gare, sur la droite il y a un talus. Dessus, il y avait une petite maisonnette qui servait de point d’arrêt pour les trains se rendant à Paris. Nous n’étions pas obligés de faire signe au train. Nous avons vu la gare évoluer, mais initialement c’était une halte. C’était le temps héroïque.

À l’époque, nous avions été logés par notre administration qui logeait beaucoup son personnel. Nous étions d’abord dans un des bâtiments des 3F qui était à l’époque le bâtiment du Foyer du Fonctionnaire et de la Famille. C’était le terme. Nous étions fonctionnaires à l’Assistance Publique, aux hôpitaux de Paris. Nous dépendions de l’administration centrale. Au final, nous nous sommes retrouvés avec beaucoup de gens de la Fonction Publique et d’autres logés par le 1% patronal. C’était une population moyenne, de fonctionnaires. Cela a évolué car il y a eu plus de logements sociaux.  

Nous nous souvenons d’une fête qui avait dû avoir lieu en 66 au Fort de Stains. C’était la boum à Varjacum, une fête merveilleuse avec des chars dans l’avenue. C’était magnifique, mais elle n’a eu lieu qu’une fois. 

Nos enfants ont été élevés ici. Ils ont été scolarisés à Victor Hugo puis à Paul Eluard. Nous nous sommes impliqués au sein du conseil d’administration, du conseil de parents d’élèves, etc. Nos enfants étaient là, ils avaient beaucoup de copains. C’était pour nous normal de nous impliquer et de nous intégrer. Au même moment, mon mari a commencé à militer avec l’Amicale des Locataires, car nous avions entamé une énorme procédure en justice à l’encontre de la Cofreth, le chauffagiste. Mon mari allait tous les samedis à des réunions place Ingres. Il y avait une solidarité incroyable, pour mener ce combat, nous avions bloqué une partie de nos charges et pris un avocat. Pour payer l’avocat, il nous fallait réunir des fonds. Alors, nous avons tous les ans organisé des fêtes au nom de l’Amicale des Locataires de Garges Nord, à l’endroit que nous appelions Walt Disney. Il y avait un feu de Saint Jean, au cours duquel on illuminait la colline avec un immense feu. Nous faisions des fêtes de quartier avec des défilés dans le quartier. Ces événements attiraient la population, nous permettaient de récolter des fonds et apportaient une animation importante dans le quartier. Les hommes gardaient les stands la nuit, Maintenant, je pense que nous ne pourrions plus faire ce genre de fête. L’environnement ayant trop évolué, ce serait impossible. Nous avons même fait venir un hélicoptère pour des baptêmes de l’air avec la participation de France 3. Nous récoltions des fonds, mais il y avait une ambiance bon enfant, une ambiance de quartier formidable. Il y avait une population mixte, mais nous n’abordions pas les problèmes particuliers à cette mixité. Il y avait une communauté d’entente, c’était bien. 

Petit à petit, les choses ont évolué. Nous avons quitté l’Amical des Locataires car nous avons acheté en copropriété. Quelques années plus tard, il y a eu une renaissance sous la forme du Noyer des Belles filles. L’un de nos membres avait trouvé dans le cadastre une parcelle de terrain qui s’appelait le Noyer des Belles Filles. La légende voulait que les jeunes filles de Garges et de Sarcelles se retrouvent sous le noyer. Et sous ce noyer, se rencontraient des garçons et des filles des deux terroirs. 

Ensuite, nous avons œuvré au niveau du Noyer des Belles Filles. Nous avions participé aux fêtes du parc où nous avons souvent gagné des prix. Nous organisions des sorties culturelles à Paris (le Grand Palis, Titanic, etc.). Nous n’avons pas limité l’activité du Noyer des Belles Filles au seul quartier de la Dame Blanche Nord car nous accueillions des personnes d’autres quartiers. Au fil du temps nos adhérents étaient adhérents retraités. L’association a fermé officiellement au printemps 2019, au grand regret de ses adhérents, mais nous l’avons fait car nous avons senti que le moment était arrivé, que nous devenions moins actifs. Avant, nous avons engagé diverses actions, participé à des initiatives communales ou de quartier (Agoraassociation, campagne propreté, etc.). Nous avons à cet effet noué des contacts avec d’autres associations gargeoises et plus (notamment du côté des femmes de Sarcelles avec lesquelles nous avons fait un disque). Nous avons réalisé beaucoup de belles activités mais au fil des années, des décennies, les gens sont partis et il y avait moins de forces vives. Le relai n’était pas là. Tout le monde était désolé que l’association ferme, mais personne n’a voulu reprendre. Nous avons eu un manque de jeunesse. Voilà comment s’est terminé le Noyer des Belles Filles.  

Mais pour nous, cela a marqué notre vie. Pour citer une anecdote, dans les années 70, pour le 1er mai, nous réalisions des petits objets en pince à linge pour présenter le muguet et le vendre. Nos filles allaient le vendre sans problème en faisant du porte-à-porte. Nos enfants étaient entraînés dans le dynamisme que nous pouvions avoir à l’époque. C’était une période formidable, que l’on ne regrette pas et que l’on évoque souvent.  

L’association a été créée durant le mandat de Nelly Olin. Mais lorsque nous sommes arrivés dans le quartier, le maire était Robert Pochon. Nous avons connu, avec Benoit Jimenez, cinq maires différents à Garges-lès-Gonesse. 

Nous avons eu trois enfants, qui ont tous été élevés ici. Ils sont tous les trois partis, aucun n’habite Garges. En revanche, aucun ne regrette son enfance, c’est important. À tel point qu’un dimanche après-midi lors d’une visite de notre fils, après lui avoir annoncer que le bâtiment dans lequel nous avons vécu avait été démoli et que l’école devrait également partir dans le cadre de la rénovation urbaine, il m’a spontanément répondu : « non, mais c’est où l’on jouait ! ». Il a eu ce pincement pour ces endroits qui l'ont vu grandir. Il est attaché à ces souvenirs et ma fille eu la même réaction. 

Nous avons assisté à la dégradation du quartier.  C’est dommage. Nous n’avons plus rien, il n’y a plus de contact. Pour nous, les contacts, nous les avions eus d’abord par l’école. Mon mari allait faire le Père Noël dans les classes. On pourrait les avoir autrement, dans les commerces par exemple. Or, il n’y a plus de commerces. Il y a la boulangerie, la pharmacie et le laboratoire. Nous attendons de cette rénovation urbaine qu’elle remette de la vie dans le quartier. Un quartier, il faut qu’il vive et cela doit passer par les commerces. Il faut une urbanisation avec des petits bâtiments avec des espaces. Ce qui commence aux portes de la ville, c’est bien. Il faudrait une petite superette où l’on puisse se rencontrer. Il faut de la vie, de la vraie vie. Il faut de la sécurité, pour pouvoir se rencontrer, papoter.  

Nous sommes arrivés ici quand notre fils était petit. Les enfants ont fait leurs études ici, ils ont fait leur communion ici, ils se sont mariés ici. Il y a toute une histoire et ça reste. Alors, nous sommes toujours à Garges et on y restera. 
 

Daniel Montpellat
Enseignant dans le quartier depuis 1981

Arrivé à Garges-lès-Gonesse en septembre 1978, dans les écoles Marcel Cachin 1 et 2, actuellement Daudet et Fontaine, j’ai assuré les demi-décharges des directeurs dans les classes de CE2 et CM1.

L’année suivante (1979-1980) fut ma première année à Romain Rolland. J’ai enseigné en 1980-1981 à Henri Barbusse, puis l’année scolaire suivante 1981-1982 a vu mon retour à Romain Rolland d’où je ne suis plus parti.

À cette époque, ce n’était pas l’école de Jules Ferry, ni celle de notre siècle actuel, il n’en reste pas moins que le regard que je porte maintenant sur elle ne saurait lui ôter un aspect quelque peu vieillot. Pas de décloisonnements ni d’échanges de services entre collègues enfermés dans leurs classes. Pas de prise en compte de la psychologie ou des sciences de l’éducation. Pas de liens écoles-collèges hormis les réunions d’harmonisation en fin d’année pour les passages en 6ème et les rencontres sportives interclasses. La direction d’école relevait plus de la gestion administrative que de l’animation pédagogique.

J’ai souvenir de la survivance à certains égards du passé : configuration de l’école, préaux non fermés, aire de sable dans la cour où se dressait encore le dispositif avec lequel étaient dispensés les entrainements de grimper de corde... Dans les classes, des estrades et d’anciennes séries de manuels scolaires. Je me souviens de la persistance de la dénomination par les élèves des deux cours des écoles (il y avait alors l’école Romain Rolland 1 et l’école Romain Rolland 2) par « cour des garçons » et « cour des filles ».

À cette époque, la réputation de Garges et de sa population scolaire était plutôt négative. Les jeunes enseignants qui arrivaient n’avaient qu’une envie : amasser suffisamment de points pour pouvoir obtenir leur mutation. À cela s'ajoutait la surpopulation des collèges et l’inexistence d’un lycée (on allait au lycée de Gonesse surpeuplé). Garges faisait figure de laissée-pour-compte de l’Education Nationale, alors que chaque jour, entre 1965 et 1975, était construit un collège par jour ouvrable.

Je n’ai pas été traumatisé par les heures difficiles de Romain Rolland qui à cette époque était loin d’être l’image d’Epinal. Il y avait des élèves très difficiles mais leurs parents tempéraient quelque peu la situation en ne cautionnant pas les comportements de leurs enfants et témoignant aux enseignants une déférence dont avaient dû jouir les Hussards de la République. 

Des années plus tard, bien des fois j'ai été amené à enseigner des enfants de mes anciens élèves. J’ai pu observer, non sans un certain amusement, l’extrême sévérité à l’égard de leurs enfants de certains de ces parents autrefois élèves très difficiles. 
Mon travail ne se limite pas à l’enceinte de mon école. Voilà maintenant une vingtaine d’années que je me déplace au domicile d’élèves pour leur dispenser des cours particuliers dans toutes les disciplines. Ce coaching scolaire a débuté avec une élève issue de mon CM2 et le bouche-à-oreille dans Garges-lès-Gonesse a fait venir vers moi les parents de tous les autres élèves. Je dois dire que je ne suis pas peu fier d’avoir, pendant sept ans, de la sixième à la Terminale, accompagné tous ces élèves jusqu’à l’obtention de leur baccalauréat. 

S’agissant de la démolition et du remplacement à venir de l’école, je pense à la jolie formule qu’a eue Jules Ferry pour la désigner, en enjoignant à chaque commune de créer et d’entretenir « une maison d’école ». Je me dis alors que peu importe la démolition de cette deuxième maison puisque le cadre de la nouvelle ne peut qu’être plus approprié à l’enseignement qui a fait bien des progrès, et que d’abord un cadre n’a de valeur affective que par rapport à la vie qui s’y est menée, vie dont rien ne saurait démolir le souvenir. 
 

Brahim Moundili
Habitant du quartier depuis 2010

En 2008, j’ai obtenu mon concours à Toulouse et j’y ai fait mon année de stage. Dans l’Education Nationale, nous formulons des vœux d’affectation par zone. J’avais un ami qui était à Saint Germain-en-Laye. Il me racontait à quel point c’était bien. Alors, j’ai demandé un poste sur l’Ouest de Paris. Puis lorsque j’ai reçu mon affectation, il y avait écrit Garges-lès-Gonesse, au Nord Est, soit à l’opposé de ce que je souhaitais. Je me souviens encore du jour où j’ai annoncé la nouvelle à mes collègues en région toulousaine. On croirait que je partais pour la guerre. À mon arrivée, j’ai été impressionné par les tours. Moi qui quittais la banlieue Toulousaine, cela m’a fait un peu bizarre. Il y a aussi des quartiers à Toulouse. Mais moi, j’ai grandi dans un petit village à 70 km de Toulouse. Je suis venu une première fois pour prendre l’appartement et visiter Garges. Je voulais découvrir les collèges auxquels j’avais été affecté. La première année, j’étais affecté à Henri Wallon et je devais faire un complément de service à Paul Eluard. J’ai rencontré les deux chefs d’établissement. Ma recherche d’appartement fut difficile. J’en avais trouvé un à Deuil-la-Barre, histoire de dépanner. À entendre mes anciens collègues, j’étais en zone de guerre. Une fois mon installation à Garges en 2010, je me suis rapidement rendu compte que la vie y est aussi normale que dans d’autres lieux de l’Hexagone. Et heureusement d’ailleurs !

Les élèves dans le quartier ont une vision bien à eux du professeur. Et lorsque je les croise dans le quartier, habillé comme eux, faisant mes courses comme eux, ils sont surpris. On a l’impression qu’ils ont vu quelqu’un d’autre ou que je suis tombé du ciel. C’est rare de voir son professeur habiter dans le même quartier que soi. Souvent, on m’interpelle pour me demander si j’habite ici. Et à chaque fois, ils sont choqués de constater que je vis dans le quartier depuis un bout de temps. Le fait de fréquenter les mêmes magasins que les familles, les mêmes lieux est obligatoirement positif. Je connais les parents. Je suis bien identifié dans le quartier. Alors, lorsque je suis en classe, les élèves me voient presque comme un père du quartier. Je fais partie de leur environnement. Aussi, ils n’ont pas le droit à l’erreur. Ils savent que dans ce cas, derrière il y a M. Moundili. Je connais les papas, les oncles et même les grands-parents de mes élèves. Pour certains élèves en 6ème, je connais leurs grands-pères depuis 10 ans au moins. Forcément cette double casquette est un privilège et une force pour moi. Je m’investis réellement pour le quartier, notamment à travers les associations. On peut me voir partout dans la vie du quartier.

En 2008, j’ai obtenu mon concours à Toulouse et j’y ai fait mon année de stage. Dans l’éducation Nationale, nous formulons des vœux d’affectation par zone. J’avais un ami qui était à Saint Germain-en-Laye. Il me racontait à quel point c’était bien. Alors, j’ai demandé un poste sur l’Ouest de Paris. Puis lorsque j’ai reçu mon affectation, il y avait écrit Garges-lès-Gonesse, au Nord Est, soit à l’opposé de ce que je souhaitais. Je me souviens encore du jour où j’ai annoncé la nouvelle à mes collègues en région toulousaine. On croirait que je partais pour la guerre. À mon arrivée, j’ai été impressionné par les tours. Moi qui quittais la banlieue Toulousaine, cela m’a fait un peu bizarre. Il y a aussi des quartiers à Toulouse. Mais moi, j’ai grandi dans un petit village à 70 km de Toulouse. Je suis venu une première fois pour prendre l’appartement et visiter Garges. Je voulais découvrir les collèges auxquels j’avais été affecté. La première année, j’étais affecté à Henri Wallon et je devais faire un complément de service à Paul Eluard. J’ai rencontré les deux chefs d’établissement. Ma recherche d’appartement fut difficile. J’en avais trouvé un à Deuil-la-Barre, histoire de dépanner. À entendre mes anciens collègues, j’étais en zone de guerre. Une fois mon installation à Garges en 2010, je me suis rapidement rendu compte que la vie y est aussi normale que dans d’autres lieux de l’Hexagone. Et heureusement d’ailleurs ! 

La première année, j’étais à fond dans les programmes. Nous les avions déjà faits à l’IUFM, mais bon, ceux-là, je pouvais les mettre à la poubelle, car ils ne correspondaient pas au public. Ce n’est pas du tout le même public, ce ne sont pas du tout les mêmes élèves, je me suis donc adapté. En dix ans, je constate un énorme changement. Sûrement parce qu’on vieillit, mais j’ai l’impression en même temps que les enfants deviennent plus sages. L’ambiance dans le collège n’est plus la même. Cela étant dit, je n’ai pas connu les années 90 pour comparer. En tant qu'enseignant, j’ai vu passer un certain nombre d’élèves tous aussi sympathiques les uns que les autres et la plupart impliqués dans la vie de leur quartier. Mais il faut avouer qu’à chaque rentrée scolaire les élèves arrivant au collège me paraissent à chaque fois de plus en plus petits…  

Les élèves dans le quartier ont une vision bien à eux du professeur. Et lorsque je les croise dans le quartier, habillé comme eux, faisant mes courses comme eux, ils sont surpris. On a l’impression qu’ils ont vu quelqu’un d’autre ou que je suis tombé du ciel. C’est rare de voir son professeur habiter dans le même quartier que soi. Souvent, on m’interpelle pour me demander si j’habite ici. Et à chaque fois, ils sont choqués de constater que je vis dans le quartier depuis un bout de temps. Le fait de fréquenter les mêmes magasins que les familles, les mêmes lieux est obligatoirement positif. Je connais les parents. Je suis bien identifié dans le quartier. Alors, lorsque je suis en classe, les élèves me voient presque comme un père du quartier. Je fais partie de leur environnement. Aussi, ils n’ont pas le droit à l’erreur. Ils savent que dans ce cas, derrière il y a M. Moundili. Je connais les papas, les oncles et même les grands-parents de mes élèves. Pour certains élèves en 6ème, je connais leurs grands-pères depuis 10 ans au moins. Forcément cette double casquette est un privilège et une force pour moi. Je m’investis réellement pour le quartier, notamment à travers les associations. On peut me voir partout dans la vie du quartier. 

En douze années maintenant, j’ai vu un certain nombre de changements s’opérer dans le quartier de la Dame Blanche Nord, appelée plus familièrement la Zone 4. Il faut préciser que je vis et je travaille dans le quartier jusqu’à aujourd’hui. Il y a eu beaucoup d’amélioration. Le nouveau programme de renouvellement urbain vient amplifier cette dynamique et commence à transformer physiquement les lieux, et ce pour le bien de tous et pour un meilleur cadre de vie des habitants qui attendaient. Tout va changer ! Dans 5 à 10 ans, le quartier sera méconnaissable. Les anciens qui l’ont quitté depuis longtemps ne le reconnaitront pas. J’habite les nouvelles résidences. Comme la vue depuis chez moi ne donne pas sur les grandes tours, mes amis me disent : « mais, nous ne sommes plus à Garges ! ». Ce sont les tours un peu hautes et les longues barres d’immeuble qui marquent souvent les gens. Cette rénovation va apporter du positif au quartier. Nous l’espérons en tout cas. 

Dans le quartier, en dehors du travail, je joue au football avec les copains. Mais cela dit je ne sors pas beaucoup. Puis, il y a sept ans, j’ai entendu parler du Fort de Stains sans savoir ce que c’était. J’ai découvert ce lieu, il y a trois ans. Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup et qui va découvrir la région. Je la connais moyennement. Je connais un peu la forêt de Montmorency, Andilly et tout ce coin. Mais, je ne sors pas pour faire le tour et voir ce qui se passe. Et lorsque j’ai découvert le fort, j’ai eu l’impression de quitter Garges. En parcourant 500 mètres depuis la maison, je me retrouve dans un nouveau cadre. Nous pouvons entendre les oiseaux, le bruit de la nature et cette image m’a marqué. Au fort, juste en s’enfonçant derrière les arbres, tu quittes le quartier, la banlieue, les appartements.  

Je me souviens d’une anecdote amusante. Un voisin me demanda l’horaire de la prière à Walt Disney. Surpris, je n’avais pas compris sa question. Puis, il me précisa la mosquée Walt Disney, de la Zone 4. Afin de m’assurer de sa question, je lui demande s’il parlait bien de la mosquée Hamza. Il me répondit par l’affirmative, en précisant que les gens l’appellent la mosquée Walt Disney. Alors, je ne sais pas pourquoi cette appellation, mais cela m’a surpris. 

Ce quartier a de véritables ressources. Par exemple, je n’aurais jamais imaginé qu’il y ait un jardin partagé au pied du Fort de Stains. Ce lieu de convivialité est magnifique. Lorsque je l’ai visité la première fois, j’étais impressionné. C’est le genre de chose que je souhaiterais retrouver dans le réaménagement du quartier. Il y a eu des concertations auxquelles je n’ai pas pu assister mais j’espère que les habitants ont mis en avant ce type de lieu. Il faudrait des lieux un peu sauvages, où l’on pourrait planter des arbres. L’idée est de faire découvrir des choses dans le quartier. Il faut encourager les élèves à aller voir ailleurs, mais il faut aussi qu’il y ait des choses dans leur quartier. Par exemple, l’année de mon inspection (ce sont des dates qui marquent) en 2013, l’inspecteur avait remarqué que j’appréciais les travaux manuels. Forcément, en tant que professeur de technologie, on doit intégrer de l’électronique, des composants, des soudures, etc. Dans mes cours, il n’y avait rien de tout cela. Je faisais travailler les élèves sur des maquettes d’aménagement d’un appartement. Ils devaient partir de la demande d’un client, qui leur demandait de transformer l’appartement parce qu’il y avait un nouveau venu (un bébé) dans la famille. À la fin, avec les matériaux mis à leur disposition, ils devaient proposer une maquette à leur client. L’inspecteur me fit remarquer que je n’intégré pas beaucoup d’électronique. Je lui répondis que ce n’était pas obligatoire. Il y a de la théorie sur l’électronique. Mais pour les travaux manuels, je préfère travailler sur les notions de mise à l’échelle, de mesures, de matériau, etc. Lors de notre échange, nous avons abordé la question de la projection pour l’année à venir et j’ai mis en avant l’importance de la biodiversité. Aussi, l’inspecteur saisi l’occasion pour me proposer de travailler sur les hôtels insectes. Cet inspecteur a beaucoup contribué à mon orientation pédagogique vers la biodiversité et l’environnement. Depuis, nous travaillons sur les hôtels insectes, les nichoirs, etc. Actuellement avec mes 6èmes, je fais des mangeoires. Tous ce que je fais depuis deux ans, vient de cette idée. Aujourd’hui et en partenariat avec l’association A.S.A.C, nous avons pu installer des hôtels insectes et nichoirs dans le jardin pédagogique du quartier. 

 

Maria Texeira 
Habitante du quartier depuis 1986

Je suis arrivée en France en 1972 à l’âge de 21 ans pour suivre mon mari qui vivait déjà à Paris. En 1986, je suis venue vivre à Garges-lès-Gonesse dans le quartier de la Dame Blanche Nord. Après plusieurs années passées dans un hôtel et dans une chambre de concierge, j’étais très heureuse d’avoir un appartement avec 5 chambres. Pendant trois ans, j’ai vécu dans l’angoisse de ne pas pouvoir payer mon loyer. Je faisais alors du ménage et de la garde d’enfant. Par la suite, j’ai pu travailler comme agent d’entretien au sein du Ministère de la Culture pendant 37 ans.  

Des souvenirs dans ce quartier, j’en ai tellement ! Ce qui me plaît le plus, c’est la richesse et la mixité culturelle qui créent du lien entre les habitants. J’aime ce quartier et j’aime y vivre. J’y suis d’autant plus attachée car ma fille, que j’ai perdue, habitait l’immeuble en face du mien. Aujourd’hui j’ai encore la chance de me remémorer sa présence en contemplant la fenêtre de son ancien appartement…  Malgré cette perte et celle de mon mari il y a quelques mois, je ne partirai pour rien au monde. Je vis actuellement avec mes deux petits-enfants, j’ai le soutien de ma communauté chrétienne avec laquelle j’ai mes habitudes et surtout mon voisinage que je considère comme ma famille.
 

Saloua Tounsi 
Habitante du quartier depuis 2004

Je suis arrivée en France en 1984 pour rejoindre mon mari. À mon arrivée, j’ai vécu dans le quartier de la Commune dans lequel j’ai eu mes trois enfants. En 2004, j’ai emménagé dans le quartier de la Dame Blanche Nord, rue Van Gogh. 

J’ai vécu les différents changements du quartier et malgré les critiques qu’on peut en faire parfois, il y a une mixité sociale et culturelle qui nous enrichit. Nous sommes respectés et on a un voisinage très attentionné et serviable. Lorsque je pars en vacances dans mon pays d’origine ou chez mon fils dans le Nord, il me tarde de rentrer pour poursuivre mes habitudes et mon quotidien. 

J’angoisse à l’idée de déménager : est-ce que mon voisinage sera le même ? Est-ce que je serai loin de toutes les commodités dont je dispose dans ce quartier, notamment le marché, la gare, le laboratoire ? 

 

Franck Vigier 
Habitant du quartier depuis 1973

À partir de 1973, j’ai habité dans l’immeuble de la rue Van Gogh. Mes parents ont été locataires au n°2 puis au n°6 pendant 31 ans. Mon petit frère et moi avons étudié, grandi et aimé ce quartier cosmopolite. Idéalement situé, l’immeuble avait à proximité un groupe scolaire (école maternelle, primaire et secondaire).   

Dans la rue Van Gogh, les habitants venaient de presque toutes les régions du monde. Les problèmes de voisinage étaient rares dans les années 70, 80 et 90. Quelques faits divers mais rien de bien méchant à côté de l’ambiance qu’il y avait dans le quartier après l’école. Les parties interminables de football entre les voitures, le « stouc-stouc », un jeu du chat et de la souris, la balle au prisonnier et également un jeu inédit chinois « le carré » qui ferait fureur dans les quartiers populaires aujourd’hui ! Très régulièrement, nous organisions des tournois de football au fort de Stains avec les quartiers voisins et nous en sortions généralement vainqueurs. Preuve que nous n’étions pas très mauvais au football ! 

Chaque été, la plupart des familles rejoignaient leurs pays d’origine. Mon frère et moi partions en Espagne rejoindre nos grands-parents maternels. À chaque retour de fin de vacances à Garges, on se rejoignait tous sur la petite colline en face de notre immeuble pour y écouter les innombrables histoires de vacances de chacun.  

La destruction de ce bâtiment est nécessaire pour le bien et la sécurité de ses occupants. Pour ma part, ce quartier m’a fait « grandir » et m’a donné les clés pour pouvoir affronter la vie active avec résolution. Aujourd’hui, je suis cadre supérieur dans l’Armée de Terre. Je garderai un souvenir ému des 17 années passées dans ce quartier.  

 

Khalid Zaouche
Habitant du quartier depuis 1967


A Garges, nous avons été ce que j’appelle une génération dorée. Nous sommes issus de la diversité, nous avons grandi dans un quartier mais nous avons eu la chance d'être accompagnés par le premier service jeunesse qui se trouvait au cube Corot. C’était un lieu « hyper vivant », parce que les animateurs l’étaient eux-mêmes. Il y avait déjà des gens qui nous disaient que ce n’est pas parce qu’on habite à Garges qu’on doit s’empêcher de rêver, d’aller en vacances.

Malgré mes nombreux déplacements à travers la France, je suis toujours président du club de boxe de la Ville. J’ai toujours cette attache avec mon quartier. Je me sens à la fois reconnaissant et redevable, je me dois de transmettre de ce que j’ai.

J’ai eu la chance d’avoir Gérard comme animateur. Il a impulsé quelque chose. On parlait de nos lectures et de plein d’autres sujets. Il a fait partie des animateurs clés, qui n’étaient pas des grands frères. On a connu l’époque des grands frères qui ont pris les rênes du quartier. Mais à côté de ça, heureusement qu’on a eu d’autres personnes qui nous ont orientées vers des horizons différents.

Ce n’est pas une fatalité d’habiter à Garges. L’important est de savoir ce que tu fais de ton potentiel. Il y a un gros potentiel en banlieue : la solidarité, les gamins qui veulent s’en sortir, la bonne éducation que les parents donnent à leurs enfants. Il y a des choses négatives comme la délinquance... J’ai décidé de ne pas regarder ça, je fais mon petit bonhomme de chemin. Ceux qui ont envie de s’en sortir et qui viennent au club de boxe respectent les règles. Ils se mettent en position de salut, se douchent, partent en compétition. Ensemble, nous formons une famille. Nous fêtons les anniversaires et essayons de faire un peu de suivi scolaire. À notre niveau, nous essayons de changer les choses et avons à cœur de véhiculer un message d’espoir aux habitants des quartiers.

Il faut vraiment faire honneur aux entraineurs bénévoles, Farid, Jean-René et Manu... C’est eux qui sont là tous les soirs. C’est notre petite contribution. Et une pensée spéciale à Hachemi qui nous a tout donné.

Grâce à la pratique sportive, nous renforçons notre détermination, élargissons nos connaissances et nos horizons. Nous ne cherchons pas à prouver qu’une insertion sociale découle obligatoirement de la pratique d’un sport, mais nous avons la certitude que notre démarche a eu et aura un impact auprès des plus jeunes. Cette démarche contribue au quotidien à la valorisation de l’image de la Ville. La réussite de nos jeunes boxeurs (pôle élite, INSEP, équipe de France) est une fierté à la fois pour le club mais aussi pour la Ville. 

Publié le 16/06/2021